
« Le Spartak, ce n’est pas juste un club. C’est le village sur un terrain. On y retrouve les mêmes choses. La discipline. L’effort. La répétition. »
(voix du camarade Burhan Altaş, 16 ans , membre du CCCP – Centre Communal des Camarades Pionniers)
Je m’appelle Burhan Altaş, j’ai quinze ans et je fais partie des Pionniers, l’académie de jeunes du Spartak Kartoffelgrad, le CCCP.
Ici, ça veut dire plus que jouer au football. Ça veut dire apprendre à tenir sa place. Écouter. Recommencer. Faire les choses correctement. Ne pas se croire plus important que le reste.
Chez nous, on ne sépare pas vraiment le travail, le village et le football. Tout va ensemble.
À Kartoffelgrad, la journée commence tôt. Souvent trop tôt pour ceux qui ne sont pas d’ici. Quand il fait encore presque nuit, on est déjà dehors. Il y a les champs, les caisses à porter, la terre lourde sous les bottes, le froid dans les doigts. On parle peu. On avance.
Moi, j’ai l’habitude.
Je ne vais pas dire que c’est facile. Ce n’est pas vrai. C’est dur. Parfois on a mal au dos, parfois on est fatigué avant même que la journée commence vraiment. Mais ici, personne ne pense que la dureté est une injustice. C’est juste la vie. Et même plus que ça. C’est ce qui nous apprend à tenir.
Je crois que j’ai grandi avec ça dans la tête.
Chez nous, on n’a jamais dit que le village était fermé. On a toujours dit qu’il était exigeant. Pour moi, ce n’est pas pareil. Un endroit fermé ne veut voir personne. Un endroit exigeant, lui, regarde comment tu vis, comment tu travailles, comment tu te comportes, puis il décide si tu peux faire partie de l’ensemble.
Mon grand-père est arrivé ici dans les années 70. Il venait de Turquie. À l’époque, il y avait encore la mine et beaucoup d’hommes venaient pour travailler. Il n’avait pas grand-chose. Il est venu pour bosser, comme les autres. Puis la mine a fermé. Certains sont repartis. Lui est resté. Il est resté parce qu’ici, il avait trouvé sa place. Pas une place offerte pour faire joli. Une vraie place. Une place qu’on garde parce qu’on travaille, parce qu’on respecte les règles, parce qu’on montre qu’on veut faire partie de quelque chose. Moi, j’ai toujours retenu ça.
C’est pour ça que, quand j’entends des gens dire que le Parti n’est pas ouvert, je ne suis pas d’accord. Mon grand-père a été accueilli. Pas parce qu’il demandait quelque chose. Parce qu’il donnait quelque chose. Il travaillait. Il tenait sa place. Il respectait le village. Et le village l’a reconnu pour ça.
Moi, je ne vois pas le contrôle comme quelque chose de mauvais. Je vois ça comme une manière de garder le village debout. Ici, si personne ne tient le cadre, tout part vite dans tous les sens. Dans les champs, au village, comme au football, il faut des règles, des repères, des gens qui veillent.
Le Parti contrôle beaucoup de choses, c’est vrai. Les habitudes. Les limites. Les manières de faire. Ce qu’on considère comme sérieux et ce qu’on considère comme dangereux pour l’ensemble. Mais pour moi, ce n’est pas forcément une mauvaise chose. Un village sans cadre, ça se vide. Un groupe où chacun pense d’abord à lui, ça ne dure jamais.
Le football, pour moi, c’est pareil. Le Spartak, ce n’est pas juste un club. C’est le village sur un terrain. On y retrouve les mêmes choses. La discipline. L’effort. La répétition. Le fait que personne n’est plus grand que le collectif.
Quand j’arrive à l’entraînement avec encore de la terre sur les chaussures, je ne viens pas pour me montrer. Je viens pour faire ma part. Je ne suis pas le plus spectaculaire, et ça me va très bien. Je contrôle, je passe, je me replace, j’écoute. Ce qui compte, ce n’est pas le geste qui attire les regards. C’est le geste juste, celui sur lequel les autres peuvent compter.
Je pense que le Parti a raison d’encadrer les jeunes. Avant de parler de liberté, il faut apprendre à tenir une ligne. Sinon, ça devient juste du désordre.
Le soir, quand je rentre, je traverse Kartoffelgrad à pied. Les maisons sont simples, les façades parfois fatiguées, les lumières déjà allumées. Ce n’est peut-être pas beau pour ceux qui regardent ça de loin. Mais moi, j’en suis fier. Parce que ça tient. Parce que ça vit. Parce que ça n’a pas cédé.
Je sais bien que tout le monde n’aime pas le Parti de la même manière. Mais beaucoup savent qu’au fond, sans cette ossature, le village deviendrait comme tant d’autres. Plus mou. Plus flou. Plus fragile.
À Kartoffelgrad, on ne devient pas quelqu’un en quittant la ligne. On le devient en y entrant pleinement.

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